Téléphoner au hasard
Durée : 20 à 30 minutes
Matériel : une ligne téléphonique
Effet : humanisant
Décrochez. Commencez à composer un numéro de téléphone. N'importe lequel, sans chercher à savoir ni à contrôler. Tapez sur le clavier des chiffres au hasard. Attendez de voir ce qui se passe. La plupart du temps, au début, l'expérience est décevante. Sonneries occupées, disques d'erreurs, silences, blancs. Des impasses. Sauf si vous avez beaucoup de chance, vos premières tentatives ne débouchent sur rien. Le téléphone ne marche pas au hasard. Il faut donc vous organiser, réduire la part d'aléas.
Commencez par déterminer le nombre total de chiffres que vous allez composer, variable selon le pays où vous êtes, les préfixes nécessaires, la contrée où vous pensez aboutir. Vous pouvez évidemment jouer par alternance avec les appels seulement nationaux, ou bien étendre le hasard à toutes les régions du monde (selon votre humeur, vos compétences linguistiques, votre budget).
Évidemment, rien de cela ne saurait constituer une plaisanterie. Ce jeu n'a rien à voir avec une blague comme en font, au téléphone, tous les adolescents du monde. C'est d'ailleurs la première chose que vous aurez à faire comprendre à vos interlocuteurs. « Je vous téléphone au hasard. Pourriez-vous me dire qui vous êtes ? », telle peut être la première phrase. Vous devez faire admettre, si vous y parvenez, qu'elle n'est pas une plaisanterie.
Ensuite, c'est imprévisible. On vous raccroche au nez ou vous entamez une conversation improbable avec la standardiste d'une entreprise de poutrelles métalliques établie à Manchester. On vous injurie, ou vous inaugurez une relation étrange, à demi anonyme, avec une personne inconnue la seconde d'avant.
L'expérience ne consiste pas à se faire de nouveaux amis ni à draguer sans bouger de chez soi. Rien de répréhensible, mais ce n'est pas l'objectif. Il s'agit d'éprouver combien le monde humain est épais, à la fois proche et infini. Téléphoner au hasard doit être le point de départ de microaventures dans cette épaisseur. Odyssées infinitésimales. Dépaysements instantanés, crevasses soudaines dans le quotidien compact, petites trouées d'étrangeté. Il suffit de raccrocher pour se retrouver chez soi. Pourtant pas tout de suite. Il y a toujours des effluves d'ailleurs qui demeurent dans l'air. Ou bien une effilochure de vous est restée quelque part à la traîne, vous ne savez pas très bien où.
Je trouve ça très tentant... Qui ose ? Racontez-moi si vous le faites ! ^^